12 juillet

MINISTRE DE L’INACTION ET DES MECOMPTES PUBLICS ?

Ainsi, c’est officiel : le budget de la justice –qui, comme nul ne l’ignore, est pléthorique et surabonde de crédits inutiles, dont il est urgent de priver juridictions, prisons et autres services qui fonctionnent dans des conditions optimales de ressources, en personnels et en moyens matériels, et, à la satisfaction enthousiaste de leurs usagers…-, va être amputé de 160 millions d’euros.

On peut comprendre que le ministre de « l’action et des comptes publics », soit des économies budgétaires, M. DARMANIN, transfuge de sa famille politique en échange de cette fulgurante promotion ministérielle, n’ait pas d’état d’âme dans ce rôle forcément ingrat (on pense au héros de Georges DARIEN : « Je fais un sale métier, c’est vrai, mais j’ai une excuse : je le fais salement »…).

Mais quid de la ministre de la justice ?

Alors que le « nouveau monde », les lampions de la fête électorale éteints, s’annonce, pour ses services déjà sinistrés, comme celui de la misère, prolongée et amplifiée –et, surtout, du mépris : car, au-delà du montant et de son impact (au point où l’on en est, cette ponction ne sera, certes, pas l’Apocalypse, mais, encore un peu plus de retard pour le justiciable qui attend une décision, de différé pour des travaux nécessaires à la sécurité et salubrité des locaux, de restrictions dans les marchés de fournitures élémentaires etc. etc.),  c’est le signal qu’il constitue qui est insupportable : au moment où le Gouvernement, entre deux « cafouillages », annonce des mesures extrêmement coûteuses pour un Etat qu’on a pu dire « en faillite » et sur l’opportunité et le calendrier desquelles on peut s’interroger, pénaliser un ministère comme celui-ci, qui, à l’instar de ceux qui sont au coeur des urgences nationales –Intérieur, Armées…-, devrait au contraire, être « sanctuarisé », tant pour être à même de remplir sa mission essentielle dans les moins mauvaises conditions possibles, que, symboliquement, pour manifester la priorité qu’on  accorde à ses enjeux, est un choix qui en dit long.

De fait, on avait déjà pu constater, à divers signes sans équivoque, que la justice n’occupait qu’un rang très subalterne dans la hiérarchie des préoccupations du nouveau Président de la République (n’a-t-on pas lu, récemment, dans la presse, qu’il ne connaissait même pas, quand il l’a nommée la nouvelle garde des sceaux ?!...).

C’est, en tout cas, pour Mme BELLOUBET –dont les premiers pas ont déjà pu laisser les commentateurs perplexes-, le moment de vérité –surtout si l’on se rappelle que son prédécesseur, M. URVOAS, de sa famille politique d’origine, avait lui, obtenu un budget en hausse… Cette première abdication en appellera forcément d’autres ; il est des responsables qui, dans pareille situation, auraient la dignité de mettre leur démission dans la balance –et, certains, qui auraient, alors, l’autorité suffisante pour être entendus et respectés : il est à craindre que l’on ne soit pas dans ce cas de figure, et, que, commencé sous d’aussi fâcheux auspices, son passage place Vendôme ne soit, pour magistrats et fonctionnaires, celui d’une « ministre de l’inaction et des mécomptes publics »...

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