11 avril

Outreau, l'autre vérité

L’opinion d’un adhérent cinéphile

Un mot pour vous signaler, à toutes fins, le très remarquable film de Serge GARDE (qui avait déjà rédigé un livre avec l'une des victimes), produit par Bernard de La VILLARDIERE, "Outreau, l'autre vérité".

 

J'ai eu la chance, à l'issue de la projection à laquelle j'ai assisté, d'un débat avec le public, auquel participaient le réalisateur, le producteur et un ex-président de cour d'assises, Michel GASTEAU (qui revendique quelque 500 affaires au compteur, et, spécialement, à St Omer...), que je ne connaissais que de nom et qui m'a fait la meilleure impression.

 

Prévu initialement pour la télévision, ce documentaire a été, jusqu'ici, boycotté par toutes les chaînes -d'où la décision de le sortir en salle.

 

Le fait est que, sans manichéisme ni recherche particulière de l'effet, en laissant simplement parler les témoignages et les documents-, ce travail -que d'aucuns ont l'impudeur de traiter de "révisionniste" !-, est une salutaire cure de désintoxication, qui ne cache pas sonn ambition de poser quelques questions dérangeantes et mettre en lumière les faits qui altérent la Vulgate obligée de l'erreur judiciaire du siècle (soit, soit, un juge acharné, incompétent et de parti pris, qui, avec le concours de services sociaux trop zélés et de psy. irresponsables, s'est fié aveuglèment à une Parole de l'Enfant -majuscules S.V.P.- en sacralisant la mythomanie d'une poignée de gamins pervers et/ou paumés, pour envoyer en prison une foule d'innocents -fort heureusement sauvés par un quarteron de Zorros du Barreau, appuyés par de vertueux médias et relayés par notre admirable classe politique etc.).

 

L'erreur judiciaire, ce n'est pas seulement de condamner des innocents, c'est, aussi, de laisser courir des coupables... Si le film, à cet égard, ne prétend pas remettre en cause un verdict de toute façon intangible, il souligne ce paradoxe d'avoir, en définitive, 12 enfants reconnus victimes -et, de faits particulièrement odieux, et, avec les conséquences gravissimes des traumatismes subis (dont on peut avoir une idée en entendant certains, devenus adultes)-, sans que l'on sache très bien, en fait, victimes... de qui ! S'il n'y a pas de doute sur la culpabilité, pour certains faits, des 4 condamnés, on est loin du compte... Et, il n'est pas sans intérêt d'entendre à cet égard l'un des journalistes qui avait été le plus en flèche sur le dossier pour hurler avec les loups, venir confesser aujourd'hui son "malaise", alors qu'il révèle que l'un des avocats d'un acquitté ne lui avait pas caché, à l'époque de sa mise en examen, en off, sa culpabilité... Et, alors que, depuis, dans la plus grande discrétion, un rapport de l'I.G.A.S., commandé au départ sur les défaillances supposées des services sociaux, est venu suggérer la réalité des griefs portés contre certains innocentés judiciaires (on notera que le film évite la facilité qui eût consisté à rappeler qu'un couple a, depuis, été condamné pour des faits, certes moins graves mais fort déplaisants, de malraitance psychologique de ses enfants, à connotation sexuelle...).

 

Le film montre bien comment, à partir d'un certain moment, la stratégie des chevaliers blancs du Barreau a été de tenter de gagner sur le terrain médiatique une cause qui n'était pas si favorable sur le terrain procédural, en se livrant à une démolition du juge (et des magistrats en général), comme des services sociaux et des psy. qui étaient intervenus pour valider les propos des enfants -avec le succès que l'on sait-, en occultant, par exemple, le fait qu'avant de faire bloc, les futurs innocentés s'étaient dénoncés allègrement les uns les autres (et, l'accusation reposaient d'abord là-dessus -et non pas seulemnt sur les enfants, ou, sur les seules déclarations de la monstrueuse Myriam BADAOUI -dont on apprend que, condamnée à 15 ans et ne s'étant pas risquée à faire appel d'un verdict passablement clément, elle a, depuis, été libérée bien avant terme, comme le veut notre merveilleux système d' "individualisation", qui fait consensus chez les consensuels de la Place Vendôme...-, comme on a voulu le faire accroire !).

 

BURGAUD, pour sa part, vient et dans des conditions autrement sereines que devant l'Inquisition parlementaire !-, livrer sa vérité ; de fait, que n'eût-on entendu s'il avait prêté si peu que ce soit le flanc au soupçon de mollesse dans ses investigations : devant des allégations aussi graves (et, entre autres, celles du meutre d'uhe petite fille et de ramifications en Belgique d'un réseau pédophile, sans même parler des sévices initialement dénoncés et dont la réalité n'a pas été contestée) : comme on l'a vu dans l'affare des "disparus de l'Yonne, avant la découverte du vrai coupable, il eût derechef été suspecté de complicité avec le réseau tentaculaire dont se repaissaient  alors les médias à l'évocation... Pour autant, sur une cinquantaine de personnes dont les noms ont pu être cités, 36 avaient été poursuivies, dont, in fine, avant renvoi en cour d'assises, la moitié avaient été mises hors de cause : une instruction à charge ?!... (On lui a reproché son refus d'une confrontation entre accusés et enfants : il n'avait pas voulu les traumatiser plus -ce qui peut se discuter, mais, dans la foulée de l'affaire, un texte n'at-il pas été fait pour imposer l'enregistrement des déclarations de mineurs afin, justement, d'éviter les répétitions et les confrontations ?... )

 

Des médias qui en sortent étrillés : d'un emballement à l'autre, ils auront, tour à tour, diabolisé les innocentés avant de les sanctifier, de manière tout aussi irrationnelle, pesant de façon d'évidence décisive sur le cours de la justice, dans les deux cas : dérive qui vient de plus loin, mais qui, ici, a atteint des sommets.

 

Ce qui, peut-être, a le plus fait réagir les spectateurs, c'est le déroulement de l'audience à la Cour d'assises de St Omer : avec des victimes parquées dans... le box des accusés, avec les deux défenseurs alloués par le Conseil général, tandis que les accusés étaient, avec leur vingtaine d'avocats, à la place... du public ! Cela, parce que des moyens auraient été refusés pour l'organisation (ce n'était pas l'affaire Barbie à Lyon ou celle du Sentier à Paris...) ; le Président GASTEAU s'en indigne, en se plaisant à compter, au passage, le nombre de fois où Mme Florence AUBENAS -héroïne nationale pour, par ses imprudences, avoir eu la gloire de se faire prendre en otage et d'avoir coûté à notre pays certainement très cher, en termes d'argent et d'honneur-, qui prétend avoir assisté aux audiences, larmoie sur des accusés censés croupir... "dans leur box" !

 

On nous explique comment cette défense de choc a choisi de faire exploser le procès -notamment, en faisant citer, in extremis, 150 témoins inattendus, et, en déstabilisant, par sa masse et par son attitude, tous les témoignages à charge -victimes en tête ; ainsi, ce n'est pas dans le film, mais il a été rapporté dans le débat qu'on est allé jusqu'à demander à l'un des enfants -plusieurs années après-, quelle était la couleur du papier peint de la pièce où il était en train de se faire violer... :  en se trompant, il signait, de toute évidence, sa mythomanie... (c'est vrai, quoi, il n'avait que cela à faire, regarder les murs, en attendant que cela se passât !) ; d'ailleurs, la meilleure preuve que les témoignages des enfants n'étaient pas crédibles, c'est qu'il s'est trouvé un psy. pour le dire, seul, contre une demi-douzaine de ses confrères : requis par la défense, c'est aussi... le seul qui n'ait pas entendu les enfants ! (mais le grand char de l'innocence, quand il est lancé, doit-il s'arrêter à d'aussi menus détails ?) 

 

Néanmoins, et, malgré la pression, interne et externe, et, les aveux de Mme BADAOUI, la première cour d'assises a estimé les charges suffisantes pour des condamnations : à tort ou à raison, mais, on ne peut occulter le fait -et, on peut s'étonner que les premiers jurés n'eussent pas été appelés à s'en expliquer devant les caméras et la représentation nationale, comme le juge d'instruction (lequel, s'il a eu un rôle moteur, n'a, évidemment, pris aucune décision d'incarcération -puisque l'on avait créé le J.L.D., en le présentant comme une garantie majeure...-, ni de renvoi devant la Cour -non seulement parce que n'était pas de son ressort, mais parce qu'il avait quitté la juridiction avant !).

 

Quoiqu'il en fût, l'audience d'appel n'était plus, dès lors, qu'une formalité vite -et bien mal-, expédiée ; le public s'indigne ainsi de voir le P.G. de Paris, pressé de tirer la couverture médiatique à lui, tenir une conférence de presse de repentance, dans la salle même, alors que le délibéré était toujours en cours -et qu'il était prévu qu'il se terminât à temps pour le journal télévisé ; il faut voir comment, tentant de s'en justifier, il "botte en touche", en renvoyant à son ministre, l'éphémère et très oublié Pascal CLEMENT -qui ne manque pas de lui retourner la politesse... "C'est pas moi, c'est l'autre"... (GASTEAU estime que cela eût dû valoir une poursuite devant le C.S.M., au lieu d'une promotion dans l'international). Le même CLEMENT qui se flatte d'avoir renvoyé BURGAUD devant le C.S.M. disciplinaire, alors que le rapport de l'Inspection générale avait validé son instruction et n'avait pas établi de fautes le justifiant : "parce que l'opinion publique n'aurait pas compris" -sic ! (il n'a peut-être jamais entendu parler de la célèbre apostrophe de MORO-GIAFFERI...). Le C.S.M., lui, s'est battu les flancs pour trouver quand même motif à une simple réprimande.

 

Dieu merci, justice sera quand même rendue : à l'Assemblée nationale, où sera dressé le pilori médiatique, quitte à malmener quelque peu la séparation des pouvoirs, mais, écrasés sous le poids de la culpabilité collective, les magistrats se prêteront -presque- tous à l'exercice.  Aubaine pour les forcenés qui, de plus longue date, voulaient la suppression du juge d'instruction -et qui, fort heureusement, ne seront pas entendus de la majorité.

 

L'A.P.M. était alors déjà en sommeil : elle n'eût pas manquer de marquer sa différence, elle qui, dans son dernier message au corps, "Le crépuscule des juges", avait annoncé le grand réglement de comptes qui s'annonçait entre une magisrature qui avait fini de vivre sa "parenthèse enchantée" des années 90, et, s'était trop mise à dos classes médiatique et politique, pour ne pas en subir la revanche un jour ou l'autre, tandis que le soutien de l'opinion lui faisait de plus en plus défaut.

 

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