25 juin

VIRUS DELETERE AU PARQUET NATIONAL FINANCIER

Rien n’est plus « délétère » -pour reprendre le terme utilisé récemment par Mme Belloubet pour justifier la saisine du Conseil supérieur de la magistrature par M. Macron après les déclarations de l’ex-procureur national financier, Mme Eliane Houlette-, que le virus du soupçon quand il frappe une procédure judiciaire, faisant naître la polémique sur l’impartialité des décisions intervenues –et, donc, altérant le crédit même de l’institution et la confiance des citoyens.

Il est de fait que les conditions dans lesquelles a été traitée « l’affaire Fillon » ont soulevé de vives controverses ; que les propos de Mme Houlette n’ont pu que relancer –quoiqu’il faille penser de ce salmigondis qui voit l’intéressée en porte à faux par rapport à l’entretien qu’elle avait donné, à sa sortie de fonctions, à l’hebdomadaire Marianne (où elle revendiquait haut et fort sa décision personnelle, prise en toute indépendance, d’ouvrir sur le champ une information judiciaire pour faire échec à la nouvelle loi sur la prescription qui allait entrer en vigueur –comme si, au demeurant, il n’y avait pas d’autres moyens pour éviter la prescription, et, comme si s’opposer à la volonté du législateur devait être, en soi, une fin déontologiquement louable…), et, même, par rapport à ses propres déclarations devant les représentants du Parlement, sur lesquelles elle paraît être plus ou moins revenue, mettant en cause la compréhension qui en avait été faite… (quand, dans leur brutalité, avec l’évocation de « pressions » exercées sur elle par le parquet général, ils ne laissaient guère place à l’équivoque et ne pouvaient que soulever la tempête qu’ils ont provoquée…) , et, même si, dans ce revirement, on ne peut se déprendre du sentiment qu’il pourrait n’y avoir eu là qu’un fort déplaisant « règlement de comptes » d’arrière-boutique entre collègues, l’intéressée se plaignant maintenant essentiellement d’avoir été assaillie de demandes d’informations de la part de sa supérieure hiérarchique –ce qui, en soi, s’inscrit dans le cadre institutionnel en vigueur et ne saurait constituer une « pression » sur le fond du dossier qu’à l’égard d’une personne qui voudrait bien y être sensible… : surcroît de travail peut-être désagréable à vivre dans le stress du moment, mais qui, pourtant, dans un dossier mettant en cause un aussi haut responsable politique, dans le contexte d’une proche élection présidentielle, avec un tel retentissement médiatique, ne pouvait pas surprendre cette familière de la Chancellerie et des fonctions du Parquet, où elle a fait l’essentiel de sa carrière, et, que les avantages, de toutes sortes, d’un poste prestigieux étaient tout de même là pour compenser ! Dans cette hypothèse, ce n’était ni le lieu ni le moment de pareille mesquinerie.

On peut être sceptique sur les possibilités du Conseil supérieur –dans un dossier, qui plus est, encore entre les mains de ses juges de première instance et dont cette intempestive tornade politico-médiatique vient perturber la sérénité du cours-, d’aller très loin dans l’appréciation de son traitement judiciaire initial –sauf à exercer une réelle forme de pression morale sur les magistrats qui en sont aujourd’hui chargés… Une telle saisine, en effet, n’est pas sans ambiguïtés, et, on ne peut exclure qu’elle soit, elle-même, une forme d’instrumentalisation politique de la Justice, de la part du Président de la République.

Quoiqu’il en soit, alors que ce dernier se retrouve aujourd’hui sur la sellette pour une intervention directe auprès du même parquet national financier dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Kohler », qui touche l’un de ses principaux collaborateurs (intervention dont la porte-parole du Gouvernement estime devoir explique qu’elle n’a pas été faite en tant que Président mais comme ancien ministre –comme est censé, pour elle, le justifier l’absence d’en-tête de la Présidence sur le document : mais pouvait-il y avoir, au P.N.F., des magistrats si absorbés par leur travail et coupés de l’actualité qu’ils eussent ignorés que le signataire était devenu, depuis, Président de la République ?... Avec tout ce que cela peut représenter d’autorité), personne ne comprendrait, alors qu’une démarche aussi surprenante et inusitée a été suivie d’un classement sans suite de l’affaire, qui fait polémique, que le Conseil supérieur de la Magistrature n’en soit pas, également, saisi : sauf à ce qu’il y ait, deux poids, deux mesures : un traitement pour les adversaires déchus, et, un autre pour les seigneurs du pouvoir… Le doute n’est pas seulement « délétère » quand, dans une procédure, il touche les premiers, il l’est, encore plus, quand il touche les seconds, qui ont, avec eux, tout le poids de l’appareil d’Etat !

En tout état de cause, on attendra des pouvoirs publics qu’ils sachent ne pas céder à la pression –ô combien « délétère »-, de ceux qui voudraient casser le ministère public « à la française » -en rendant ses membres libres de toute contrainte hiérarchique, jusqu’à celle simplement de rendre compte et d’informer-, en tirant prétexte de ce pitoyable incident pour rouvrir ce sempiternel débat institutionnel biaisé.

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