19 octobre

Avocat de terroriste, et, « en même temps », ministre contre le terrorisme ?! ou : l’autre « conflit d’intérêt » de Me Dupond-Moretti…

Après le dernier atroce attentat terroriste, on annonce que le Président Macron a demandé à ses ministres de l’intérieur et de la Justice de remettre sur le chantier, d’ici deux semaines, le projet de loi sur le « séparatisme » (terme euphémique et tout à fait impropre, au demeurant, car le terrorisme islamique ne veut pas le moins du monde se « séparer » de la France, mais..  s’en emparer ! Il faut croire, d’ailleurs que le mot était encore trop fort, puisqu’il avait été abandonné, en cours de route, pour celui, plus neutre et passe-partout, de « laïcité »…) –illustration, une fois de plus, de la détestable pratique du « un fait divers, une loi », qui fut, en son temps, tellement reprochée à son prédécesseur Sarkozy.

S’agissant de M. Dupond-Moretti, c’est là un paradoxe : car qui a pu oublier le très hargneux avocat du frère de Mohamed Merah, le responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012 (7 morts, dont 3 écoliers juifs) ? Celui qui éructait devant micros et caméras, ivre de rage, après la condamnation de son client à 30 ans de réclusion criminelle le 18 avril 2019 par la Cour d’assises de Paris : « procès inéquitable », client « traité comme un animal », « condamné sans preuve »… ; pour lui, une condamnation à 30 ans (alors que la perpétuité était encourue, mais ce n’était que pour une complicité), c’était « une peine au bénéfice du doute» (sic), ce qui était « insupportable »… Et le bouquet final –avec la touche d’infinie délicatesse dans un dossier où il était question de la mort d’enfants juifs : « le procès de Nuremberg a été plus digne que celui-ci ».

Sans même évoquer cet indécent et provocateur dernier rapprochement –une expression parmi tant d’autres de sa haine pour ses juges-, son agressivité, à l’époque, envers les familles des victimes avait profondément choqué.

Certes, la défense est libre et a tous les droits –et, même celui d’en abuser dans l’outrance… ; tout comme un avocat est libre… de refuser une cause : que l’on sache, Me Dupond-Moretti n’en était pas réduit, à cette époque, à battre la semelle devant les palais de justice pour racoler le client… Et, on n’imagine pas qu’il ait agi par attrait d’un pactole que cette très modeste famille ne pouvait, évidemment, lui offrir : c’était donc un choix militant ; ce qui était son droit le plus strict.

Mais, aujourd’hui, il faut l’assumer : comment peut-il prétendre incarner le personnage d’un foudre de guerre contre le terrorisme islamique, alors qu’il en a été un emblématique défenseur ?! C’est la crédibilité du Gouvernement même, en termes d’image, qui en est altérée : une sorte de « conflit d’intérêt » moral, en somme. Comme si, en face d’un incendie on plaçait les pompiers sous les ordres d’un pyromane notoire…

Et ce, au moment où le ministre, confronté à un rejet massif du corps judiciaire, et, fragilisé par la mise en cause de sa directrice de cabinet pour ses fonctions antérieures, est, plus que jamais, discrédité par la révélation d’une nouvelle et grave affaire de situation de conflit d’intérêt, qui l’a conduit, précipitamment, comme dans l’affaire du P.N.F., à se défausser de ses compétences au profit du Premier Ministre –ce qui sonne comme un aveu, et, crée une situation institutionnelle de plus en plus baroque : ceux qui l’ont nommé auront-ils enfin le courage -et, dans leur propre intérêt si celui de l’Etat ne suffit pas à les décider-, d’en tirer toutes les conséquences ?

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