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Valeurs actuelles du 24 juillet 2013

Sécurité : les vrais « réactionnaires »

Un « carburant » de premier choix pour la désaffection des couches populaires envers la gauche de gouvernement, scandée de scrutin en scrutin lors des récentes élections partielles, c’est sans nul doute Mme TAUBIRA.

L’adulation des milieux « bobos » pour la madone du « mariage pour tous » aura, certes, pu la griser d’une éphémère et bien artificielle popularité, mais, la grande masse de nos concitoyens ne s’y trompe pas, qui voit dans l’actuelle et inattendue garde des sceaux la résurgence d’un paléo-laxisme, venu tout droit, comme un « retour du refoulé », des années où les socialistes triomphants, dans l’ivresse idéologique de la conquête si longtemps attendue du pouvoir, à partir de 1981, se faisaient un devoir de vider les prisons à tour de bras, une gloire d’amnistier les pires terroristes, et, une jubilation de démanteler les dispositifs mis en place par leurs prédécesseurs pour tenter d’enrayer la marée déjà montante de la délinquance.

Détruire, disait-elle, et, dès son arrivée, d’asséner l’annonce tonitruante du meurtre symbolique des principaux acquis de la précédente législature : peines planchers, rétention de sûreté, durcissement du droit des mineurs etc. etc., sur la toile de fond d’une obsession anti-carcérale, couronnée par une « conférence de consensus » alibi, tricotée sur mesure, aux conclusions écrites d’avance…

Bref, le grand bond en arrière de la politique pénale, et, un projet authentiquement « réactionnaire ».

Un an après, si tout porte à croire que la ministre n’a en rien désarmé, les choses apparaissent plus confuses à de plus hauts niveaux de responsabilité gouvernementale, où l’on semble vouloir se hâter plus lentement…

Alors, le suspense est à son comble : le grand soir de Mme TAUBIRA, c’est pour Pâques ou pour la Trinité ?...

L’incertitude déchaîne les impatiences de certains milieux politiques et idéologiques, qui font pression pour « le respect des engagements électoraux » et font honte à la ministre de ce qu’ils perçoivent comme des flottements et atermoiements, en brandissant comme un signe d’infamie des statistiques pénitentiaires records, car, malgré toutes les manœuvres de la place Vendôme pour dissuader les magistrats de remplir l’office que la loi leur confie, il n’y a jamais eu autant de monde dans nos prisons…

C’est que l’on ne combat pas la criminalité à coups de bons sentiments et d’incantations !

On aurait pu penser qu’au fil des années et de l’implacable sanction des faits, une certaine gauche judiciaire aurait fait sa mue intellectuelle et aurait su abandonner les vieilles lunes de l’idéologie anti-pénale, une des dernières lumières-fossiles du Big-Bang de mai 68.

Mais non ! Et tout au contraire, en émigrés de l’intérieur, qui n’auraient « rien appris ni rien oublié », les revoilà, avec leur angélisme ravageur et pervers et leur culture de l’excuse, pour qui la société doit, en somme, se faire pardonner d’être répressive, et, les peines se donner pour raison d’être de faire le moins de peine possible…

Car, à la racine, il y a bien, dans leur esprit, une forme d’illégitimité originelle de la sanction pénale : même si, à l’exception de quelques extrémistes, ils se résignent à admettre que le corps social ait le droit de se défendre contre ceux qui n’en respectent pas les règles, ce sera toujours plus ou moins à contrecœur, avec une réticence intime, d’où leur attitude presque « névrotique » qui les conduit à vouloir en même temps une chose et son contraire : si bien que l’on a le sentiment que leur idéal, finalement, c’est un système pénal en carton-pâte, un village Potemkine, avec les apparences pour sauver la face et donner l’illusion de sacrifier au réalisme, mais, sans réalité, c’est-à-dire sans véritable efficacité, derrière le décor…

La question des peines planchers, entre autres, est tout à fait exemplaire à cet égard : pour ces vrais réactionnaires, l’idée qu’une peine est faite pour être prononcée et appliquée quand les conditions en sont réunies, est manifestement pénible…

Comme si le code pénal ne devait n’être qu’un catalogue de menaces en l’air, vouées à rester lettre morte.

Il suffit, pourtant, de comparer, dans la pratique des tribunaux, le quantum des peines encourues et celui des peines effectivement prononcées (pour ne rien dire ici, de l’effondrement qui suivra, avec celui des peines effectivement exécutées…).

On mesure à quel point le texte sur les peines planchers était un minimum minimorum, dès lors qu’il s’agit de condamnés récidivistes.

Préfère-t-on des peines à l’état gazeux, qui ne permettent pas au délinquant potentiel de savoir le minimum de ce qu’il risque ? Des sanctions vaporeuses et incertaines, alors que la fixité des peines est l’un des grandes conquêtes de la Révolution, et, un droit de l’Homme et du Citoyen ?  

Il en va de même avec la rétention de sûreté.

Lorsqu’un criminel, par les circonstances de son acte et les traits de sa personnalité, a manifesté un risque important de récidive, devrait-on, benoîtement, s’en tenir là et attendre, paisiblement que les faits viennent confirmer ce pronostic ?

C’est un peu le pendant de la peine plancher : la « peine plafond », l’exigence d’un complément à la partie carcérale de la peine, qui conduit à rehausser le plafond « normal » de la sanction dans l’intérêt de la protection de la société.

Mais, en filigrane, c’est bien cela qui heurte nos vrais réactionnaires : l’idée qu’il puisse y avoir des peines d’élimination, provisoire ou définitive, de la vie sociale pour ceux qui s’y sont révélés gravement inadaptés ; rêvant, au fond d’eux-mêmes, d’éliminer les peines, ils ne supportent pas l’idée que des peines puissent éliminer ceux qu’elles frappent… 

Mais, songeons, simplement, parmi bien d’autres, à l’auteur de l’horrible crime du Chambon-sur-Lignon, en attendant l’inévitable chœur des pleureuses qui viendra, un jour ou l’autre, nous expliquer qu’il est inhumain de le garder perpétuellement à l’écart des hommes libres…

L’hostilité maniaque envers la prison procède de la même démarche : c’est en effet l’une des plus tangibles et visibles de la gamme des sanctions pénales et c’est pourquoi elle va concentrer les tirs de nos vrais réactionnaires, si minoritaire qu’elle soit dans la réalité des pratiques judiciaires, contrairement à ce qu’ils voudraient faire croire, alors que les chiffres sont sans équivoque.

D’où le projet de lui substituer, pour les « courtes peines » (qui ne sont « courtes » que pour ceux qui n’ont pas à les subir…), un système fumeux de « probation », avec ce mélange typiquement socialiste d’assistanat et de contrôle social, qui viendra s’ajouter à la gamme déjà bien fournie des « pseudo-peines » dont se moquent les délinquants, et, viendra amplifier le caractère virtuel de notre code, au détriment de ce qui est sa première raison d’être et sa finalité essentielle, sa fonction symbolique : exprimer la réprobation que la société attache à certains comportements, en en prévoyant le coût pour leurs auteurs.

Il s’agit donc maintenant de savoir si, au plus haut niveau de l’Etat, on est prêt à endosser les lubies de ces lobbies : faire preuve, aujourd’hui, de la même « naïveté » qu’avait confiée un ancien Premier Ministre après un spectaculaire échec électoral où le mépris des enjeux de sécurité publique avait joué un grand rôle, serait inexcusable, car il y aurait là… récidive !

Jean-Paul Garraud, ancien député UMP de Gironde, magistrat, président de l’Association professionnelle des magistrats, et Dominique Matagrin, magistrat, membre de l'APM.