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                Des trois courts paragraphes consacrés à la justice, sur douze pages, dans la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre –contrastant, par cette modestie, avec le bruit tonitruant fait, dans les médias, autour de la nomination du nouveau ministre de la justice…-, on ne retiendra guère, concrètement –à côté de la rituelle évocation d’évidences consensuelles et creuses comme l’ « indépendance », « le respect du contradictoire et de la présomption d’innocence », une justice « accessible, compréhensible et efficace » etc. etc. qu’on retrouve sempiternellement dans tous les discours de chefs du Gouvernement ou de garde des sceaux-, que :

                A l’heure où le drame de Bayonne vient, pour le malheureux chauffeur de bus massacré par une horde de « racailles », de connaître sa tragique conclusion –témoignant, hélas parmi tant d’autres « faits divers » que charrie l’actualité quotidienne, de l’ensauvagement de certains milieux dans notre pays, qui ne se contentent pas de récuser la loi républicaine et le drapeau national, mais, bafouent les règles les plus élémentaires du « vivre-ensemble » et ne connaissent d’autres modes d’expression et de relation que la violence et la force brute-, des membres du Gouvernement ont su faire part de leur émotion et de leur indignation –tout comme après le meurtre de la jeune gendarme Mélanie Lemée à Port-Sainte-Marie, tout aussi « exemplaire », à sa façon, de cette dramatique dérive, que des années d’inconscience de nos dirigeants ont laissé naître et s’amplifier.

                L’éviction de Mme Belloubet de la Chancellerie sanctionne, à juste titre, un parcours dont on ne retiendra que la honteuse mise en sommeil de la justice sous prétexte de la crise sanitaire –comme si elle ne faisait pas partie des services publics essentiels qui devaient continuer à fonctionner, coûte que coûte : considérable effondrement symbolique, et, perturbation majeure, qui va longtemps hypothéquer le fonctionnement d’une institution déjà confrontée à un dramatique manque de moyens, au détriment des justiciables ; on a pu, à cette occasion, mesurer la dérisoire boursoufflure verbale d’un discours officiel, qui s’est fracassé sur la réalité tangible des carences matérielles –notamment, informatiques-, de services en déshérence…

                On en retiendra, aussi, la constance dans les errements d’une politique pénale dans le droit fil de celle qu’incarnait Mme Taubira ; qui a trouvé son accomplissement avec la plus importante libération de détenus depuis 1981, sous le prétexte totalement artificiel de la crise sanitaire (alors que ce n’est pas la surpopulation carcérale, par elle-même, qui créait le danger épidémique, mais, l’éventuelle introduction du virus en prison –laquelle ne s’est pas produite…).

                Son remplacement, aux allures de « gadget » médiatique destiné à « faire le buzz », par un avocat affamé de notoriété, qui a, si souvent, témoigné de son hostilité au corps judiciaire –sans répugner, à l’occasion, à la grossièreté dans l’expression-, apparaît comme une véritable provocation ; c’est aussi, prendre le risque d’exposer gravement le crédit de la justice : comment croire à la moindre distanciation possible, dans l’exercice de ses compétences ministérielles, de la part de quelqu’un d’aussi marqué, par rapport à sa culture de ténor du barreau, comme par rapport aux dossiers de ses propres clients ?! C’est une lourde erreur d’appréciation que, sans nul doute, le Président de la République et son Premier Ministre ne vont pas tarder à regretter –et, en tout cas, un mauvais coup pour l’autorité judiciaire.